Les cours à Stella Maris et la solennelle « assembly »

mardi 4 novembre 2014
par  Ingrid Gaudin

LES COURS
Ce que l’on remarque ici, ce sont les cartables légers, et le peu de devoirs qu’ont les filles. Chacune a un ordinateur et quelques feuilles (mais certaines ne prennent aucune note !). Mrs. Murray, le professeur de français, se déplace seulement avec son ordinateur qu’elle connecte dès qu’elle arrive aux câbles nécessaires (audio ou internet pour faire l’appel). Ah, quel rêve pour nous prof de langues vivantes ! On arrive, on branche son smartphone au câble des puissantes baffles et le tour est joué.

La première heure de cours sur la chanson de Calogéro, « Un jour au mauvais endroit », fut comme on dirait « galère ». Classe de Year 10 difficile (4°-3° chez nous). Selon les matières, certaines filles ne sont pas inquiètes de vérifier leurs emails pendant le cours ou regarder une vidéo sur Youtube ou répondre à maman et la rappeler dans le couloir. A tel point que la directrice en a fait son sujet de la réunion des profs principaux : comment éradiquer ce fléau !

Nous avons paru très sévères pour ces filles de qui nous n’avons pas accepté la moindre chose. Et quand on leur fait la remarque, elles regardent d’un air narquois… La chanson fut un flop, pas envie de travailler, aucun entrain ni concentration – on connaît ça aussi en France. En revanche, dans les autres cours de français : politesse et réelle curiosité étaient de rigueur.

Les Year 8 (5°-4° en France) connaissaient déjà tout un pan de l’histoire française, notamment la Révolution française (passage facile pour expliquer le mot « barricade », transparent mais non connu de ces jeunes). Nous avons entonné « Chanter » de Florent Pagny, puis « Au bout de mes rêves » de Jean-Jacques Goldman.

Quant aux Year 9, ils ont eu droit à Calogéro aussi, mais abordé sous un autre angle que le lexical pur : le contextuel. Grenoble, deux jeunes hommes poignardés pour avoir jeté un regard jugé déplacé. Le vocabulaire de la violence urbaine fut l’occasion de rappeler que la France, ce n’est pas que Paris, que le luxe de Channel ou Dior, que le brillant. C’est aussi des problèmes de société desquels les Australiennes sur leur petit nuage de soleil et d’insouciance sont loin d’imaginer. La violence urbaine est un fait rarissime ici, voire inexistant… même si pas plus tard que vendredi, un djihadiste a été tué par les forces de l’ordre alors qu’il attaquait des agents de sécurité dans les quartiers industriels de Sydney.

SCHOOL ASSEMBLY des Year 10
Mrs. Murray nous a invité à la grande assemblée de 12h20 à 13h20 (à la place d’une heure de cours). Les élèves français ont pensé à la chemise blanche sans qu’on le leur rappelle – Rémi B. a même sorti son joli nœud papillon. Comme souvent pour ce projet australien, nous avions bien préparé une mise en scène : les élèves ont offert à la directrice un drapeau français signé de tous, comme première pierre à l’édifice de l’échange (elle le mettra sous verre, a-t-elle dit). Puis Mlle Lorrain a offert un beau livre sur le Tarn.

Et Mme Gaudin avait préparé dans la nuit un discours destiné à motiver les Stella girls comme on les appelle à venir à Gaillac. Le discours fut inspiré par Shakespeare, puis l’histoire locale (la Première Flotte de 1788, le nom aborigène d’une galerie d’art visitée le premier jour), et puis faisait échos à Martin Luther King. Il fut tellement apprécié que Mrs. Comerford en demanda une copie pour publier dans le journal hebdomadaire. Vous le trouverez dans un article publié hier.

Ibtissam interpréta « La vie en rose » d’Edith Piaf mais le trac l’a faite arrêté avant l’heure… ce n’est pas grave, sa voix fut appréciée à sa juste valeur. Ce sont des aléas du direct.

Enfin, avant de se séparer à 15h20 (fin des cours), nous avons vérifié que nos élèves français avaient bien fait leur travail du week-end : imprimer 3 cartes (une des rues autour de l’école, une autour de Manly Wharf ou on prend le ferry pour Sydney centre, et une autour de leur maison avec arrêts de bus) ; puis se faire expliquer où prendre le bus et quel numéro. Le but : rendre nos terminales autonomes, venir tous seuls comme des grands au lieu de rendez-vous en dehors des horaires d’école de leur correspondantes. Et vu les dizaines de bus dans ce dense réseau urbain, ce n’est pas une mince affaire, surtout pour nous venant d’une ville de campagne comme Gaillac. Et, certains esprits médisants ne le croiraient pas : ils ont été géniaux et se sont débrouillés comme des grands ! Mme Gaudin leur avait bien dit : c’est ceci la grande ville, c’est ceci grandir, ce n’est pas facile, mais vous allez y arriver. BRAVO à leur courage ! Nous sommes fières d’eux.