L’histoire naturelle et l’histoire de la Première Flotte de 1788

jeudi 6 novembre 2014
par  Ingrid Gaudin

Chers fidèles lecteurs,

Vous excuserez Radio-Gaudin qui dût vaquer à d’urgentes occupations d’organisation et qui, en conséquence, prit un jour de retard dans les nouvelles fraîchement pêchées dans la baie de Sydney. Vous ne perdez rien pour attendre, dit-on. Voici les histoires du jour, « natural history, social history & Aboriginal stories ».

Australian Museum, l’histoire naturelle nous fut contée, par opposition à la « social history » (comme les guides disent) du Museum of Sydney, où l’histoire des premiers contacts entre Aborigènes et Première Flotte fascina les élèves.

AUSTRALIEN MUSEUM

Tout comme au Royaume-Uni, les musées ici sont très pédagogiques et très faciles d’accès quel que soit le niveau. La façade se remarque déjà : d’une fenêtre une étrange forme sort : c’est une queue de dinosaure, quelques fenêtres plus loin : sa tête !

A l’Australian Museum, nous avons tous fait un atelier « peinture de boomerangs » en choisissant trois symboles aborigènes. La guide était elle-même aborigène du centre du pays et nous a bien précisé que chaque tribu avait ses dessins propres et un copyright pour chacun d’entre eux. Alors que nous avons peint un boomerang à emporter, le fond sonore nous berçait de musiques aborigènes anciennes ou contemporaines. Tout symbole raconte une histoire, un voyage, une scène de chasse au kangourou ou de pêche. On nous expliqua que les boomerangs à angle large étaient des outils de chasse, notamment pour chasser le kangourou et ne revenaient pas vers le lanceur, contrairement aux autres que l’on trouve communément dans le commerce.

On apprit que quand le Capitaine Cook arriva il y a 250 ans, 500 langues aborigènes étaient parlées ! Les peuples indigènes se divisent en deux catégories : les Aborigènes en métropole et en Tasmanie, puis les peuples du Détroit de Torres. Les premiers croient au Serpent arc-en-ciel du monde des Rêves (notre génère) qui créa le monde, les seconds croient que c’est Tagaï qui est à l’origine du monde.

Le second atelier fut réservé il y a 6 mois (dur dur d’organiser un tel périple à 17 000 km quand les emails passent en spam, ou l’email officiel de l’Académie buggue en pleines négociations de visites - vive la technologie !). Il était consacré aux animaux australiens. Dans cette salle d’observation réservée aux écoles, nous avons été invités à nous asseoir, à caresser et à toucher des « possums » empaillés (les oppossums sont en Amérique du nord), des wallabies, des serpents typiques de Sydney, un dingo (dont on apprit au musée suivant qu’il était le gardien des camps aborigènes)…

On a même eu droit à un quiz : qu’est-ce cet étrange objet ? Personne n’a trouvé : un œuf de requin qui, sec, ressemblait à une algue noire dentelée en forme de cône, pas plus gros qu’une mangue – une œuvre d’art presque. On nous a rappelé qu’il y avait 3 sortes mammifères : des ovipares, des placentaires (« placental ») et des marsupiaux (ceux-là sont uniques au monde et typiquement australiens). Parmi ces derniers, le kangourou et l’échidné (porc-épic en Amérique du nord), symbole du musée d’ailleurs. Que de révisions pour les Tle S !

Après avoir admiré une espèce disparue de kangourou géant (le kangourou à visage plat), les oiseaux (les cacatoès, les « rainbow lorikeets » et le célère « koocaburra » dont le cri ressemble presque au cri d’un singe !) et les araignées australiennes (notamment les 2 espèces mortelles que l’on trouve ici, l’araignée à toile à entonnoir et la veuve noire à dos rouge), notre chemin a croisé celui d’une équipe de charmants journalistes en besoin d’interview. Nous nous sommes prêtés au jeu : film et photos dans le musée pour une chaîne de télévision irakienne. D’ici une semaine, ces messieurs nous enverrons le lien internet.

Après ce voyage dans le monde animal, la pause déjeuner fut la bienvenue. Le super couteau suisse de McGaudin fut à nouveau sollicité (couteau, ciseau, pince à épiler, cure-dents, boussole…).
Face à la majestueuse cathédrale St Mary’s , dans Hyde Park, avec vue sur la très haute Centre Point Tower. Soleil et musique de fond pour nous aider à faire la sieste que certains ont commencée, d’ailleurs.

En longeant l’artère principale, McQuary Street (d’après le gouverneur McQuarie), nous avons in extremis aperçu le fameux marcassin, réplique exacte d’une statue de Florence : Il Porcillino. Toucher son groin est sensé porter bonheur et chance, leur avait conté Radio-Gaudin en arrivant à Sydney. Nul besoin de préciser que TOUS les élèves l’ont touché avec une pensée pour leur bac en juin.

MUSEUM OF SYDNEY
Le Museum of Sydney nous laisse, comme tout ici, un souvenir mémorable. Nous nous étions dit que deux musées en un jour, cela pourrait être lourd. En réalité, la guide du musée, qui avait vécu à l’Ambassade d’Australie à Paris alors qu’elle était petite, était impatiente de nous recevoir. Spontanée et passionnée, elle nous compta l’histoire passionnante du premier contact des Aborigènes avec la Première Flotte du Capitaine Philip, devenu premier Gouverneur de la colonie. Les Blancs furent pris pour des fantômes, ou des esprits de leurs ancêtres. Les totems majestueux de la cour extérieure nous frappèrent : ces poteaux de bois géants sont gravés de noms aborigènes, 29 arbres pour 29 tribus. Chaque défunt laisse une partie de sa vie dans ce totem : un artefact de pêche, une peinture, quelque chose qui rend l’arbre vivant et le relit les personnes à lui. La guide nous a demandé de s’approcher, de sentir, de toucher, d’écouter ces arbres parler.

Autre information intéressante : le drapeau aborigène est formé d’un cercle jaune entouré d’une bande rouge et d‘une noire représentant respectivement la terre (rouge comme à Uluru ou Ayers Rock) et la peau noire des Aborigènes.

Un pan d’histoire choquant pour nous Européens : l’initiation des filles aborigènes âgées de 14 ans : il fallait leur couper la dernière phalange de l’auriculaire. Quant aux garçons : une incisive leur était arrachée. Pour la petite histoire : quand le Gouverneur Philip (qui avait incidemment perdu une incisive) se rendit à Manly, les Aborigènes le tuèrent avec une lance non de combat (très spécifique), mais avec une lance de cérémonie – quelque chose de mystérieux, de mystique bien sûr. Le garçon devenait homme dès qu’il avait réussi le rite de la tortue : la transpercer de part en part parallèlement à la carapace. Cela était signe de force et montrait qu’il était prêt à accompagner les autres à la chasse ou à la pêche (lance à 3 pique caractéristiques).

Comme dans le musée précédent, nous avons eu droit à un autre moment exceptionnel : l’atelier point de croix nous fut ouvert (ce n’était pas prévu). Plusieurs dames préparaient des tables recouvertes de bois entrelacé de motifs au point de croix réalisés pour un hommage à l’architecte de l’ambassade australienne à Paris : Harry Siedler. Son épouse Pénélope, aussi architecte, développa la technique en assocation avec l’architecture. Cet architecte révolutionnaire modifia radicalement le visage de Sydney dans les années 1960 et fut celui qui importa les idées du Bahaus allemand : la forme du bâtiment doit épouser parfaitement la fonction.

En sortant, des dames joliment apprêtées (ce qui veut dire petit chapeau à longues très longues plumes colorées) honoraient la course hippique la plus célèbre du pays : la Melbourne Cup. Pendant une heure, tout le pays s’arrête littéralement, même à l’école, des tickets de paris sont vendus.

Le coin des anecdotes

A Circular Quay, le père d’accueil de Mathilde qui revenait de Londres lui proposa une croisière en yatch, et pas n’importe lequel : le navire fétiche de la Princesse Diana à Sydney. Que ça !

Sur le ferry, les garçons eurent des conversations de… garçons : Ludovic : « tu as vu quand même la jolitesse des corres ? » et Anthony de répondre : « ouais, t’as qu’a parler de la ‘bellitude’ tant que tu y es ! » Ca y est, nos élèves fabriquent des mots comme en anglais (ils ont compris que pour obtenir le nom de certains adjectifs, on rajoute NESS) et la langue de Shakespeare déteint sur eux : « prettiness » = le fait d’être joli… quant à « bellitude », Mme Folliot en aurait ses beaux cheveux tout hirissés. Les garçons, quand même !