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Notre projet de Philosophie : Pourquoi la violence ?

mardi 6 juin 2017
par  I. Imbert

Devenir étudiant en philosophie, c’est une aventure à laquelle on ne s’attend pas. Nous savions en choisissant une série littéraire que la philosophie nous demanderait beaucoup. Mais nous n’imaginions pas tout ce qu’elle allait chambouler. Chamboulement de notre vision du monde, de notre travail, de l’engagement de nos écrits.

En effet, nous voilà à la fois confrontés aux pensées classiques, traditionnelles, modernes et contemporaines, confrontés à nous-même et au monde dans lequel nous tentons de prendre notre place, et auquel nous essayons de donner du sens. 

Cette recherche de sens ne semble pas évidente pour notre génération car nous nous sentons déchirés entre une réalité quasi-manichéenne : la guerre et les bisounours, et un consensus moral et institutionnel excluant souvent, la violence du champ de nos représentations. Bref, nous la vivons, nous devons y faire face, voire nous la jugeons, mais nous ne la pensons pas.

Alors qu’en faire ?
Nous, Thibault, Alice, Victor, n’avons pas le pouvoir de changer le monde, mais peut-être pouvons nous essayer d’en penser certaines contradictions. Et la violence en est une pour nous. C’est pourquoi nous avons saisi l’occasion de mener un projet en philosophie pour tenter d’en savoir plus. 
Après Charlie, après le Bataclan, pouvons nous refuser de penser la violence ? Nous avons souhaité, avec nos modestes moyens, essayer. C’est ce travail que nous portons humblement à votre connaissance. 

La première question qui s’est imposée à nous, après les attentats de Charlie, du Bataclan, de Nice, face aux actualités toujours plus violentes dans le Moyen-Orient, devant les atrocités commises ici ou là sur les personnes, les animaux ou l’environnement, c’est ’’ pourquoi la violence ? ’’. Tous ces événements ont-ils une seule et même origine ? En quoi y a t-il ou non violence ? 

S’interroger sur la définition même de la violence, c’est remarquer d’abord une grande confusion dans l’usage courant des termes de violence, force, agressivité, une confusion qui déborde le langage courant et contamine le discours politique. Politique entendu dans son sens philosophique, comme l’acte par lequel les citoyens décident de vivre ensemble. 
Ainsi une première distinction s’impose t-elle entre violence et agressivité. L’agressivité est reconnue comme une pulsion nécessaire à l’individu pour faire part de ce qu’il n’est plus en mesure de supporter mais elle ne vise pas à réduire autrui à sa merci. Au contraire, l’agressivité est une réaction à un manque et qui demande d’être entendue.

Dans la nature, l’agressivité des prédateurs ne vise qu’à satisfaire un besoin primaire, et certainement pas à décimer toute une population. Le lion repu regarde les gazelles passer. L’agressivité des premières années de la vie ( morsures, cris, coups ) est éduquée en vue de s’exprimer par le ’’ non ’’, et attend d’être entendue par autrui. La violence est donc le désir de révéler sa toute puissance à et sur autrui même si pour cela il doit disparaître subjectivement voire objectivement.

La force dans le sens courant est systématiquement confondue avec la violence ( exemple, un orage violent pour exprimer qu’il est fort ), car dans les deux cas est donné à voir une énergie qui renverse, bouscule une réalité première. Cependant, l’idée de force ne devrait pas excéder le champ lexical de la nature ou de l’ordre des choses, pourtant le sens commun s’y réfère pour donner à la violence une certaine légitimité. Effectivement quand la violence qui vise à contraindre autrui échappe à la raison mais demeure juste à priori, on préfère l’appeler force. Or la force est le moyen par lequel l’individu ou l’essence des individus, exprime sa volonté profonde. Elle peut être spirituelle, physique, universelle mais toujours organisée, maîtrisée. Elle ne vise pas à anéantir autrui mais se pose face à lui en s’opposant. En revanche, la violence rompt le contact avec autrui, ce n’est pas un adversaire mais un ennemi à éradiquer.
Notre question d’origine ’’ pourquoi la violence ? ’’ apparaît à présent d’autant plus fondamentale puisqu’elle met en lumière le désir caché d’annihiler l’humain en l’autre. Qu’est ce qui se joue là ? 
 
Nous vivons une époque mondialisée, et nous ne pouvons plus ignorer que nous appartenons tous à la même planète, pourtant la violence ne nous a jamais parue aussi présente. 
De ce point de vue là, on pourrait s’interroger à savoir si la violence mondiale atteint son paroxysme actuellement, ou si ce n’est qu’une illusion due à la rapidité et à la mondialisation de la communication ? Cette violence mondiale aujourd’hui, comment se définit-elle ? Quelles sont ses enjeux et ses acteurs ? 
Si la violence est visible entre les États par les confrontations, les guerres, les conflits armés, l’économie etc. nous constatons à l’intérieur même des sociétés sa présence. Quelle est la spécificité de la violence au sein de la société ? Comment l’État peut-il la réguler, ne risque t-il pas lui même d’en user ? En est-il de même pour la religion ? La France d’aujourd’hui est-elle plus violente que celle d’hier ? 
Et nous en tant que citoyen, personne, individu, quel est notre rapport à la violence ? Est-elle au cœur de notre humanité ou des siècles d’éducation à la violence nous fait-elle la considérer comme un déterminisme fâcheux à canaliser ? Que vise authentiquement la violence ? Et avons nous les moyens d’y faire face ? 
Que supposerait alors une famille, une société, un monde sans violence ? Les systèmes d’échange et de relation bâtis sur la compétition, les privilèges, la domination du plus puissant sont-ils intrinsèques à l’humanité ? Peut-on oser les utopies d’une mondialisation fondée sur la coopération, d’une société fondée sur la richesse de la diversité et une individualité se déployant par l’altérité reconnue ? ...

 

Vous venez de lire, notre introduction, un extrait de notre projet qui a duré 1h30. Maintenant voici nos commentaires personnels du travail que nous avons mené.

 

Pour ma part, moi Victor, j’ai appris énormément au cours de ce projet, autant au niveau personnel que philosophique. A l’aube de ces travaux, jamais je n’aurai pensé que la philosophie puisse avoir un impact aussi important au point de vue de ma weltanschauung, des groupes humains, mais également de mon être propre. Ce projet m’a permis d’apprendre à effectuer diverses recherches approfondies par mes propres moyens, m’incluant dans un cadre de travail au cours duquel j’ai pu découvrir, approfondir et remettre en cause toutes sortes de pensées, et notamment au sujet de la violence. De cette expérience, j’en tirerai que la violence existera toujours et sous différentes formes puisqu’elle est intrinsèque à l’humanité, mais que nous sommes tous en capacité de maîtriser cette dernière, et ce par un grand nombre de moyens tels que, en ce qui me concerne, le sport.

"Je n’écris pas pour laisser quelque chose derrière moi, mais pour soulager ma souffrance." Gao Xingjian, La Montagne de l’âme.

Pour moi, Thibault, j’ai pu découvrir, par le biais de ce travail depuis sept mois, différentes facettes du monde et de la société au travers cette thématique de la violence et de l’homme. En effet, j’ai pu constater que les avis divergent suivant les catégories sociales, les caractères propres aux individus ou encore leurs genres. Dans tout les cas de figure, il semblerait que la violence occupe une place quasi-centrale dans l’univers de l’homme et qu’on ne peut y échapper.
La violence vient et peut venir de partout aujourd’hui, surtout dans le contexte actuel. A la question : la violence peut-elle disparaître ? Je réponds qu’il faudrait que tous les humains fassent un gros travail sur eux et leurs mentalités, de même que les États ou les médias, même si malheureusement, cela semble utopique. Tout ce que je peux assurer, c’est que malgré la violence qui nous entoure, nous ne devons jamais nous arrêter de penser car c’est de là que peut émerger la possibilité d’un monde sans violence un jour. 
 
Ce travail m’a permis de prendre conscience que l’éducation a un rôle majeur, et peut rendre les populations non-violentes. Une remise en question et un travail sur soi est alors nécessaire pour changer le monde et son fonctionnement.
Pour moi Alice, la violence ne fait pas partie de l’homme dès sa naissance, puisqu’elle n’est pas un critère génétique mais se développe peu à peu à cause d’événements traumatisants pouvant avoir lieu dès l’enfance, qui ainsi transformerait le comportement de l’être humain.
On comprend alors que la société a une grande responsabilité d’être cette juste distance, formée de règles à suivre, permettant aux hommes de se respecter mutuellement.

" L’éducation est l’un des grands enjeux pour l’avenir. Peu soucieux déjà de la nécessité absolue de laisser aux générations futures une planète viable, nous ne faisons pas grand chose pour en faire les acteurs de leur propre sauvegarde, aveuglés par les idéologies sans âme, infantiles et violentes. L’éducation se réduit trop à les conformer à ces idéologies, sans même tenir compte de l’évolution de l’histoire. En somme éduquer ne serait-ce pas avant tout rétablir la concordance entre le destin de la planète et celui des humain ? " ​Pierre Rabhi “conscience et environnement”


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