Cap sur le Petén !

vendredi 6 avril 2018
par  Chantal de Cazanove

Nous ne pouvions pas rester presque deux mois au Guatemala sans visiter le Petén, territoire Maya par excellence. Le Petén se trouve au nord du Guatemala, dans ce qu’on appelle les basses terres « Tierras Bajas » par opposition à la majorité du territoire constitué de montagnes et volcans « l’Altiplano ». Il est en partie recouvert par la forêt qui abrite de nombreux vestiges mayas, les plus connus étant le majestueux site de Tikal, avec le temple du Grand Jaguar, face à celui de la Reine, son épouse, et plusieurs acropoles et pyramides.

Après une baignade dans le lac Petén et la visite de Tikal avec un guide passionnant aussi calé en histoire qu’en ornithologie, nous partons tout près de la frontière du Mexique à El Naranjo Frontera, où les sœurs ont établi une communauté sur les rives du Rio San Pedro.

Là, les sœurs sont au nombre de 4 ; Delfina, la plus âgée, nous accueille et nous explique qu’elle s’occupe de la pastorale des jeunes et de groupes de femmes. Nous sommes ensuite rejoints par Carmelina qui se dédie entièrement à l’enseignement puisqu’elle est professeur et organisatrice de l’IGER local. Pour cela, elle se déplace beaucoup (elle est la seule de la communauté à conduire), apporte les livres aux étudiants, soutient leur motivation… Elle fait également le lien avec la « casa de los migrantes » à la frontière mexicaine El Ceibo : à El Naranjo Frontera, le local de l’IGER sert d’accueil temporaire aux migrants épuisés qui marchent en direction du Mexique. Les sœurs leur parlent de la « casa de los migrantes » qui peut les accueillir dans de meilleures conditions et les aider dans leurs démarches pour obtenir l’asile. C’est le cas notamment des ressortissants du Honduras qui fuient la violence de leur pays et demandent asile au Mexique. Les autres, venant du Salvador par exemple, ou les guatémaltèques eux-mêmes, cherchent à rejoindre les Etats-Unis en espérant y trouver du travail pour pouvoir soutenir leur famille.

Le lendemain, lundi, Sor Carmelina nous emmène visiter cette « casa de los migrantes », fondée et gérée par la pastorale sociale du district et qui a le soutien de l’ONU et du haut commissariat aux réfugiés. Nous y rencontrons Andrés, 30 ans environ, qui travaille là depuis l’ouverture de la casa, il y a 9 ans, parallèlement à son travail en ville où il tient une boutique avec sa femme. Il a d’abord travaillé bénévolement à la casa de los migrantes, parce qu’il sent que c’est là son « service apostolique », sa façon de vivre sa foi avec et pour son prochain. Depuis 2 ans, une partie de ses heures lui sont payées, car il a développé une véritable compétence dans l’accueil, le soutien psychologique et l’aide aux démarches administratives des migrants. Andrés a assuré la permanence du week-end à titre bénévole car il n’y a malheureusement pas assez de volontaires, même si Joel est venu l’aider aujourd’hui. C’est dur car Andrés a très peu vu ses enfants et sa femme. Ce jour- là, la casa accueille 2 familles du Honduras.

Andrés nous fait visiter la casa : 2 dortoirs de 10 lits chacun, un pour les femmes et les enfants, l’autre pour les hommes ; des douches et sanitaires ; une cuisine en plein air, des éviers pour pouvoir laver son linge. C’est le soir, Joel fait des grillades à manger avec les tortillas… un moment de pause et de paix dans le difficile et dangereux parcours des migrants, cibles des passeurs appelés ici « coyotes ».

En ressortant de la casa de los migrantes, des maisons (ou plutôt des cabanes) en tôle, comme très souvent au Guatemala, témoignent de la grande pauvreté dans laquelle vivent tant de guatémaltèques. Pas étonnant que tant rêvent d’un avenir meilleur aux Etats-Unis et que les soeurs aient tant à faire pour aider, éduquer et secourir !

Le mardi, avant de repartir, nous passons au dispensaire San Jose que dirigent Sor Estefana et Sor Rosa, qui est infirmière. Un dispensaire est un établissement de santé, là où il n’y a pas de docteur ni d’hôpital, où les gens peuvent venir se faire soigner gratuitement.

Sur le chemin du retour, nous remontons le Rio Dulce, jusqu’à Livingston, une ville sur la mer des Caraïbes qui abrite la seule communauté noire du Guatemala : les garifunas. Ambiance créole, musique et danse, douceur de vivre et mélange des couleurs et origines, comme dans ce match de foot, au sortir du collège, mêlant filles et garçons, noirs, ladinos et indigènes, auquel nous avons assisté.